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DIALOGUE AVEC HARRY GRUYAERT ET CÉDRIC KLAPISCH

  • 18 janv.
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 avr.

DIALOGUE • PHOTOGRAPHIE

JEUDI 9 AVRIL 2026 • 20H

PATHÉ WEPLER


HORSCHAMP poursuit son cycle de dialogues publics consacré aux artistes qui façonnent notre regard sur le monde contemporain. Le mercredi 9 avril à 20h, au Pathé Wepler, Léolo Victor-Pujebet recevra le photographe Harry Gruyaert et le cinéaste Cédric Klapisch pour une rencontre exceptionnelle organisée en partenariat avec l’Atelier EXB, à l’occasion de la parution de leur livre New York.


Au cours de cette soirée seront également projetés deux films photographiques récents réalisés par Harry Gruyaert, New York et Homeland. En puisant dans ses propres archives, le photographe a entrepris depuis quelques années de produire de courts films composés à partir de ses photographies. Ces montages d’images fixes, accompagnés de bandes sonores originales du compositeur Tuur Florizoone, prolongent l’expérience visuelle de son travail en lui donnant une temporalité nouvelle. Les images y acquièrent une respiration, une tension narrative et une densité sensible qui révèlent la dimension cinématographique de sa photographie.





Madison Avenue, 1985 © Harry Gruyaert / Magnum Photos


Ville mythique du cinéma et de la photographie, New York apparaît depuis plus d’un demi-siècle dans l’œuvre de Harry Gruyaert comme une scène ouverte où se déploient les gestes, les silhouettes et les signes du monde contemporain. Ses images, traversées par une science très singulière de la couleur et de la lumière, composent une expérience sensorielle où la ville devient un véritable théâtre urbain, un theatrum mundi où se croisent les rythmes de la modernité, les fragments d’intimité et les accidents visuels du quotidien.


Le livre New York réunit près de quatre-vingt-dix photographies conçues comme un grand album visuel où chaque image occupe l’espace d’une double page. Cette construction donne à la déambulation photographique une dimension presque cinématographique, proche du storyboard. Pour accompagner ces images, Harry Gruyaert a invité Cédric Klapisch à écrire une suite de courts récits. Le cinéaste imagine des fragments de fiction, des scènes fugitives où les personnages photographiés deviennent les acteurs d’un récit possible. La ville s’anime alors de voix imaginaires, de gestes suspendus, de souvenirs et de projections. Entre photographie et cinéma, le livre construit un territoire où l’image documentaire ouvre sur la narration.


Cette rencontre sera l’occasion de revenir sur ce dialogue singulier entre deux pratiques de l’image. Harry Gruyaert appartient à une génération de photographes qui ont renouvelé l’usage de la couleur en photographie. Membre de l’agence Magnum, il parcourt le monde depuis les années 1970, de l’Inde au Japon en passant par le Maroc ou l’Égypte, poursuivant une recherche attentive aux vibrations chromatiques et aux atmosphères visuelles. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions internationales, notamment au BAL à Paris ou au FotoMuseum d’Anvers.

Cédric Klapisch, dont le cinéma interroge depuis plusieurs décennies les formes contemporaines du récit collectif et de la circulation des individus dans les grandes métropoles, prolonge ici cette exploration par l’écriture. Ses textes accompagnent les images sans les commenter. Ils ouvrent un espace de fiction à l’intérieur même du regard photographique.


Un dialogue qui approfondira le rapport entre photographie et cinéma, la place de la ville dans l’imaginaire visuel, le rôle de la couleur dans la construction d’un monde sensible, ainsi que la manière dont une image peut devenir le point de départ d’un récit.


La rencontre sera suivie d’une signature.



Discours d'introduction de Léolo Victor-Pujebet


L'ouvrage que nous célébrons ce soir s'ouvre sur cette citation de Paul Auster, dans Cité de verre, en 1987. « New York est un espace inépuisable, un labyrinthe aux pas infinis ». Et elle ouvre aussi, d’une certaine manière, cette soirée, parce qu’elle ne décrit pas seulement une ville, mais une expérience du regard, une façon de se perdre, de marcher, de ne pas chercher à comprendre trop vite, de laisser venir, advenir, surgir, ressurgir. 


Je suis très heureux de voir autant de monde réuni ce soir pour accompagner la sortie de cet ouvrage magnifique, NEW YORK, publié a l’Atelier EXB, et je tiens à remercier Yseult et toute son équipe pour la confiance et pour la fidélité de ce compagnonnage. Nous avons, avec HORSCHAMP, une histoire d’amitié qui se développe avec cette maison, une manière commune d’accompagner les livres, de leur donner un espace, un temps, une voix, un dialogue. Et cela se passe ici, ce soir, pour la première fois, au Pathé Wepler, grâce à Arnaud Ganne, avec qui nous avons partagé déjà de nombreuses rencontres, aux Fauvettes puis ici. Alors merci à lui.


Et puisque le livre lance sur Paul Auster que j’aime tant, je vais continuer avec lui, qui écrivait dans Moon Palace que « Marcher dans une foule signifie ne jamais aller plus vite que les autres, ne jamais traîner la jambe, ne jamais rien faire qui risque de déranger l’allure du flot humain. » ne serais-ce pas là une définition parfaite de bien des œuvres qui comptent. Harry Gruyaert regarde New York ainsi. Il entre dans le flot humain, dans la densité des couleurs, dans l’épaisseur des signes, dans ce que Cédric Klapisch appelle très justement ce fatras de voitures, de passants, d’immeubles, de panneaux, de mobilier urbain, d’actions diverses sans sens particulier, et il y reconnaît, plus d’une confusion ou un désordre à corriger, une sorte de syntaxe cachée. Une ville saturée de choses qui n’appellent aucun prestige immédiat, et qui, à travers son regard, trouvent soudain leur nécessité plastique. 


Je suis très heureux de recevoir Harry à nouveau ce soir, pour la troisième fois en quelques années, autour de ces films-photographiques que j’aime tant, parce qu’ils donnent au travail d’une vie une autre amplitude et une autre temporalité. Il est rare, très rare, de voir des photographies à cette échelle, dans cet agrandissement qui retire à l’image son statut d’objet consulté pour lui rendre une puissance d’immersion. Le monde plus grand que le monde.


Le livre donne à la photographie une architecture. La projection lui donne presque une corporalité nouvelle. Les images deviennent des surfaces de séjour. Elles nous contiennent autant que nous les regardons. Et je suis heureux aussi, très personnellement, que cette fidélité de rencontres soit devenue une amitié. Je peux le dire ce soir avec le sourire : au fil du temps, Harry est devenu pour moi bien plus qu’un invité. Il est devenu un ami. Et il est devenu aussi, à son insu, mon maître, quelqu’un auprès de qui j’apprends à regarder. Apprendre à regarder, cela veut dire apprendre à désirer moins pauvrement. Cela veut dire éduquer l’attention. Cela veut dire cesser de vouloir arracher au monde une image qui confirmerait nos attentes, pour accueillir - plutôt - les rapports de lignes, de couleurs, de corps, d’ombres, de surfaces, qui se composent sans nous. 


« On n’obtient ce qu’on désire qu’en ne le désirant pas. » Cette phrase d’Auster - à nouveau - me paraît toucher ici le cœur même de l’acte photographique : l’instant où l’intention se fait assez légère pour laisser apparaître une nécessité. Un inattendu. 


Ce soir a lieu aussi une rencontre très belle entre deux pratiques que beaucoup de choses rapprochent indéniablement. Car la présence de Cédric Klapisch dans ce livre touche le travail de Harry à un endroit assez innatendu. Cédric raconte dans sa préface son lien ancien avec New York, ses années d’études à la New York University entre 1983 et 1985, puis son retour dans la ville en 2012 pour écrire et tourner Casse-tête chinois. Il dit que c’est là qu’il a appris à filmer. Il évoque aussi les questions qui l’habitaient : comment filmer cette ville, comment rendre sa lumière maritime, ses ombres tranchées par les gratte-ciel, comment faire sentir la couleur partout présente, comment accueillir la diversité des visages. Ce sont des questions de cinéaste. Ce sont aussi des questions de photographe. Ce sont même, plus profondément, des questions de forme : comment un monde devient-il visible sans être simplifié, comment un espace aussi travaillé par ses propres représentations peut-il encore être vu, comment échapper au cliché dans la ville peut-être la plus photographiée et la plus filmée au monde.  


Et ce qu’apporte Cédric dans ce livre me touche énormément. Il regarde les images de Harry et il y entend des voix. Il imagine qui sont ces individus sous nos yeux. Il écrit des fragments à la première personne, des monologues intérieurs, des soliloques minuscules, des pensées qui glissent derrière les corps photographiés. J’y ai vu, immédiatement, quelque chose qui était déjà là chez Harry sans avoir reçu cette forme explicite : l’idée qu’une photographie de rue est aussi une réserve de conscience, une scène intérieure muette, un faisceau de vies latentes. Cédric n’ajoute pas du récit sur des images silencieuses. Il rend audible la pression mentale déjà contenue dans ces passants, dans ces attentes, dans ces postures, dans ces traversées du cadre. Il fait apparaître une dimension romanesque qui naît précisément de ce que les photographies de Harry accueillent de plus fragile et de plus précis : celui qui va faire ses courses, celle qui attend un bus, traverse une avenue, se rend quelque part sans que personne n’ait l’idée de faire de lui un personnage, et qui pourtant, dès qu’il entre dans l’image juste, porte déjà avec lui tout un monde de langage, de mémoire, de désir, d’inquiétude. Cédric écrit très justement que ces figures deviennent les personnages d’un film possible. J’aime beaucoup cette expression. Un film possible. Elle dit l’état de suspension très particulier dans lequel se tient l’œuvre de Harry : à la jointure de la pure sensation visuelle et de la fiction virtuelle.


Et je finirai avec Auster, encore qui écrit au« On ne se découvre qu’en se tournant vers ce que l’on n’est pas. » Regarder New York, pour un Européen, pour un Belge, pour un Français, pour un cinéaste, pour un photographe, cela engage toujours plus que la ville elle-même. Cela engage une épreuve de décentrement. Cela engage une manière de sortir de ses habitudes perceptives, de sa culture visuelle, de ses automatismes. C’est pour cela que les grandes œuvres sur New York nous apprennent toujours quelque chose sur celles et ceux qui les font. Bergala rappelait, à propos de Depardon, l’idée d’un film né précisément de l’impossibilité d’en faire un autre. Depardon disait qu’il lui fallait trouver un autre discours, une autre photo. Jonas Mekas, évoqué ce soir-là, avait fini par comprendre que, dans les plans quotidiens qu’il tournait à New York, c’était encore la Lituanie qui revenait. Toute grande ville agit ainsi : elle révèle le dehors en chacun de nous. Elle réveille des strates, des mémoires, des désirs, des limites du regard. Elle redistribue notre propre intériorité.


« Écrire un roman, c’est raconter une histoire. Ce sont les gens que vous faites vivre qui donnent le ton du roman, la couleur des mots qui sortent de la plume. » finissait Auster. J’aime l’idée de la rapporter ce soir à la photographie de Harry. Car ici aussi, ce sont les gens qui donnent le ton. Les gens, les corps, les allures, les démarches, les attentes, les accidents de présence, les apparitions au milieu du bruit visuel du monde. Ils donnent le ton. Ils donnent la couleur. Ils donnent à l’image sa vibration humaine la plus juste. Et Cédric, en leur prêtant ces voix intérieures, nous invite à entendre ce que les photographies semblaient déjà savoir. 


DIALOGUE AVEC HARRY GRUYAERT ET CÉDRIC KLAPISCH


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JEUDI 9 AVRIL 2026 • 20H

PATHÉ WEPLER



 
 
 

1 commentaire


Bonjour. Nous avions réservez une place, mais nous sommes sommes présentés devant l'entrée de côté du Wepler et personne ne nous a indiquer que la conférence avait lieu par l'entrée Place de CLichy. Zut, dommage. Pensez-vous publier une captation de cette conférence s'il vous plaît? Merci JJ Farré

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