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MASTERCLASS VOLKER SCHLÖNDORFF

Volker Schlöndorff, près de trente films au compteur, remporte en 1979 la Palme d'Or pour son film Le Tambour, ex æquo avec Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Cette fresque dramatico-bouffonne délirante qui revisite de manière anticonformiste l'histoire de l'Europe centrale, de l'Allemagne et du nazisme à travers le parcours d'un garçon qui décide de ne plus grandir à l'âge de trois ans lui vaudra aussi quelques mois plus tard l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

 

 

 

Nous recevons un voyageur, un philosophe, un homme qui tombait à quinze ans dans les affres de l’existentialisme à la lecture de Sartre. Un lecteur assidu, un observateur du monde qui, dans les premiers temps pour le citer, ne cherchait pas les aventures mais était curieux de savoir comment d’autres sont et comment il vivent. À chercher dans les livres, non plus seulement l’inconnu, mais la confirmation de ce qu’il éprouvais lui-même confusément. Ils l’intéressaient d’autant plus qu’il s’y retrouvait. Un besoin d’auteurs qui lui confirmaient dans ce qu’il ne faisait que soupçonner sans oser le penser lui-même. La recherche d’autres êtres partageant le sentiment qu’il avait de l’existence, afin de le libérer de sa solitude.

« Quand on lit, il y a toujours un moment magique où un livre révèle son secret, ou certaines phrases ont soudain une telle vibration qu’on sent que c’est à cause de cette phrase, à cause de cette situation, que l’auteur a écrit tout le livre… En adaptant un roman, en écrivant le scénario, en répétant avec les comédiens, sur le tournage, au montage, nous vivons toujours de tels instants de vérité. Pour adapter un roman, il faut justement savoir trouver cette énergie cachée dans le texte » dit ils dans ses formidables mémoires qui constituent l’un des pus bel ouvrage jamais écrit sur cet art encore embryonnaire qu’est le cinéma. Non pas un Hollywood story de Capra ni un Temps Scellé de Tarkovski, mais bien au-delà car un témoignage d’une extraordinaire sincérité, initiatique. De la terrible mort de sa mère, vecteur semble-t-il d’une certaine trajectoire de vie et d’art par la suite, à sa rencontre des Jésuites de l’internat de Vannes ou il passera quelques années pour y découvrir ce qui sera pour lui l’un des événement les plus marquant de sa vie : Nuit et Brouillard d’Alain Resnais. Et cette question qui le taraude encore aujourd’hui : MAIS COMMENT CELA A-T-IL PU ÊTRE POSSIBLE ?

Les lectures comme fondement, peut-être. Un pouvoir d’adaptation unique et tranchant. Porté par l’envie dévorante de vivre toujours, vivre encore, avec cette phrase qu’il ne cessera de se répéter à partir de l’instant ou il l’aura entendue pour la première fois : "JUST DO IT. Just do it."

Mais c’est aussi un homme amoureux que nous recevons, un homme qui sur le tournage de l’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais dont il était assistant, s’infiltrait dans la loge de Delphine Seyrig pour lui voler ses mouchoirs bordés par les traces de son rouge à lèvre. Objet qu’il garde encore précieusement entre les pages d’un petit volume noir de Rilke. Des histoires d’amour, de sa vie à ses films, de ses films à sa vie. 

« La guerre, c'est le monde dans lequel je suis né. J'avais 6 ans quand elle s'est terminée, je m'en souviens très bien. Je peux dire aujourd'hui, soixante-dix ans plus tard, que je ne suis pas encore tout à fait habitué à la paix… La guerre a toujours frappé à ma porte, d'ailleurs, la moitié de mes films en parlent. La guerre, c'est mon univers… ». Une première porte d’entrée, pour lire cette oeuvre. Mais avec cette particularité de porter à l’écran des personnages qui, malgré les cataclysmes ambiants, s’inventent un monde en confondant rêve et réalité. Le cinéma alors comme fabrique de cet entre-deux. Comme peinture subjective et onirique du monde. Du portrait de cet enfant qui refusa de grandir dans Le Tambour aux monuments filmiques érigés pour ces héros et martyrs de nos temps : Guy Moquet, Anna Walentynowicz ou encore Raoul Nordling.

Assistant de Louis Malle, Resnais, donc et Jean-Pierre Melville qui se montra avec lui si possessif qu’il y vit comme un fils. Volker Schlöndorff s’interrogera toute sa vie sur des notions constitutive des plus grands raisonnements philosophiques (matière dont il eu d’ailleurs un grand prix lors de ses années d’études au Lycée Henri IV). Avec une une phrase de Pascal, peut-être, pour n’en citer qu’une, disant « Qu’une vie est heureuse quand elle commence par l’amour et qu’elle finit pas l’ambition ». Quand c’est l’inverse, on s’interdit tout risque, nous dit Volker. Et le bonheur est le plus grand des risques, puisqu’on ne sait pas tout ce qu’on serait capable de faire pour lui. Le risque existe même que le bonheur vous change, qu’on devienne effectivement un autre. Cet autre, qui serait il, et quoi ? C’est un père jésuite qui lui disait un jour qu’il faut avant tout « faire ce à quoi l’on croit, et sans contrepartie. Alors on est heureux ». Retenir cela, le graver en soi et surtout, le pratiquer. Il est drôles de se dire que ce sont des bons pères qui l’encouragèrent à prendre au sérieux ses impulsions de cinéma et à déduire d’un désir vague un but professionnel. 

Et c’est ainsi que le cinéaste se questionne encore en encore, retenant néanmoins cette leçon d’Arthur Miller méditant qu’il ne faut jamais faire de bilan. Car, selon lui, si l’on tentait de faire le compte de ce qu’on avait gagné et perdu dans sa vie, au total on n’obtiendrait pas grand chose. It does not add up too much. Et pourtant, quel Bilan ! Près de 30 films aux quatre coins du monde. Une vie d’images, d’amour et d’amitié. De douleurs, de bonheur et d’envies. Une oeuvre d’une singularité et d’une force considérable. 

Et pour finir, avant de vous présenter un tout petit film que nous avons monté pour remettre en lumière cette carrière immense, la lecture de la quatrième de couverture de Tambour Battant, ces mémoires extraordinaires dont je vous ai parlé que le cinéaste vous dédicacera après la projection.


« Né allemand, je suis devenu français puis américain ; rêveur, je me suis fait homme d'action ; mélancolique, le marathon m'a converti à la joie… Je n'ai jamais été là où l'on m'attendait. Et pourtant, jamais je n'ai eu l'impression de me perdre. L'identité, au contraire de la virginité, ne se perd pas : elle s'acquiert. Quelles qu'en aient été les formes successives, je n'ai jamais cessé de sentir en moi quelque chose d'inchangé, voire d'incorrigible. Un souffle, un je-ne-sais-quoi qui veut vivre et qui m'anime. Peut-être est-ce l'âme, cette vieille lune… ou le cœur qui va, tambour battant ? Au bout de trente films, je pensais avoir tout dit, mais en exhumant mes journaux, mes carnets et des photos, j'ai découvert ce qui s'était joué entre les scènes. Ma vie et mes films : tel est donc ce livre. Cinquante ans de cinéma – où l'on croisera Ernst Lubitsch, Fritz Lang, Jeanne Moreau, Alain Delon, Quentin Tarantino et bien d'autres – mais aussi flash-back intime sur des amis et des livres, des femmes et des pays, des doutes et des joies. Le goût de mon enfance et l'empreinte des premières lectures, mes années lycée en France, mon entrée en cinéma par la petite porte, à l'école de Louis Malle et de Jean-Pierre Melville, le succès du Tambour après des débuts chaotiques, les galères de tournage, les rencontres inoubliables de Bertrand Tavernier, de Günter Grass, d'Arthur Miller…, les petits béguins et les grands amours - tout cela, comme dans les salles obscures, en un fondu d'ombre et de lumière… »

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Jeudi 15 novembre 2018 au Gaumont les Fauvettes

animé par Léolo Victor-Pujebet et Mathieu Morel

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