Emmanuelle Bercot "Le mystère crée une addiction"


À l'occasion du Festival des Busters 2017 sur le thême "Un air de Jeunesse et d'Obsessions", Léolo Victor-Pujebet et Mathieu Morel recevaient Emmanuelle Bercot en masterclass autour de son film "Backstage", avec notamment Islid Le Besco, Emmanuelle Seigner et Samuel Benchetrit.



« La jeunesse, on ne peut pas dire que c’est un sujet, mais c’est un monde qui inspire mes films depuis mon premier court métrage et jusqu’à aujourd’hui »



J’ai l’impression que l’alliage « un air de jeunesse et d’obsession » (NB : Thème de l’édition 2017 du Festival des Busters) s’accorde particulièrement à votre filmographie.


Je ne vous contredirai jamais Léolo ! Je suis particulièrement d’accord avec ça. La jeunesse, on ne peut pas dire que c’est un sujet, mais c’est un monde qui inspire mes films depuis mon premier court métrage et jusqu’à aujourd’hui, avec peut-être une exception pour la fille de Brest. C’est un monde que je ne me lasse pas d’explorer. L’obsession aussi, que l’on retrouve par ailleurs dans la Fille de Brest. Ces thèmes parcours mon travail, sous des angles différents. Notamment amoureux, presque psychotique : la cristallisation que nous pouvons faire sur quelqu’un. Et l’obsession car je raconte beaucoup d’histoires d’amour impossible et on sait bien à quel point cela peut créer de l’obsession.



Backstage est un film sur le fanatisme. Vous-même, avez-vous été fan ? Quelles étaient vos idoles lorsque vous étiez adolescente ?


Justement, je n’ai jamais été fan. Et c’est probablement la raison pour laquelle j’ai eu envie de faire ce film, pour comprendre. Pour tout vous dire, deux choses sont à la source de ce film. D’une part, c’est une émission qui passait à l’époque, il y a douze ou treize ans maintenant, qui s’appelait « Stars à domicile ». Je regardais cette émission car j’ai toujours regardé la télé-réalité comme une sorte d’objet d’étude sociologique. Je ne sais pas si certains d’entre vous regardaient cette émission, mais c’était le même principe que l’introduction de « Backstage ». On fait débarquer l’idole d’un enfant ou d’un adolescent, directement chez lui. Ce qui est évidemment un choc terrible. Ce qui de mon point de vue est tout aussi terrible, voire d’une violence extrême, c’est que l’idole ne vas évidemment pas s’installer sur place. Alors elle repart. Laissant ces enfants et ces adolescents fans, dans un vide vertigineux. J’étais très intrigué par ce processus et cette violence que l’on imposait à ces jeunes gens. Je voyais ça comme un viol. La deuxième chose qui m’ait inspiré ce film, c’est un petit reportage que j’ai également vu à la télévision. Vanessa Paradis sortait d’un aéroport. On y voyait des fans en transe, en larme, presque en train de perdre connaissance. Je me suis dit : qu’est-ce qu’il se passe dans leur tête ? Et le film est partit de cette idée : que se passe-t-il dans la tête dans ces gens-là ? Je sentais qu’il y avait de l’admiration, mais aussi beaucoup de souffrance, des problèmes d’identité et d’estime de soi. J’ai voulu fouiller ça plus profondément.