Darius Khondji à la Cinémathèque française

Amoureux de la photographie argentique et du cinémascope, brillant expérimentateur, Darius Khondji est l'un des plus grands chefs opérateurs actuels. Depuis Le Trésor des îles Chiennes et les premiers films de Caro et Jeunet ou de David Fincher, son parcours cinématographique est international, comme en témoignent ses derniers films tournés sous la direction de James Gray (The Lost City of Z, 2017), ou Bong Joon-ho (Okja, 2017).


LE VIF-ARGENTIQUE

Les chefs-opérateurs racontent souvent qu'ils espèrent que leur travail reste invisible, avec la volonté de rester au service du film et du metteur en scène. Plus que n'importe qui d'autre, Darius Khondji le modeste vous le rappellera. Pourtant, à perdre son regard dans sa filmographie riche d'une soixantaine de titres (films courts et longs), on ne peut que contrarier ce désir. La photographie de Darius Khondji nous marque, nous touche, nous hante, des noirs encre de chine du Trésor des îles Chiennes (F.J. Ossang, 1990) et de Seven (David Fincher) à la solarité de Beauté volée (Bertolucci) en passant par les clairs-obscurs mordorés de The Immigrant (James Gray). Le mariage des influences diverses de Darius Khondji engendre une image qui associerait la réalité documentaire d'un Robert Frank au cinéma expressionniste allemand en faisant un détour par la stylisation affirmée d'un Edward Hopper.


D'origine iranienne, très tôt installé à Paris, il réalise, enfant, ses tous premiers courts métrages en Super 8, puis se forme, tout jeune homme, à la photographie et au cinéma aux États-Unis. D'abord à Los Angeles (UCLA) puis à la New York University, où il aura notamment pour professeur Haig Manoogian (professeur de Martin Scorsese), et influencé aussi par la photographie de Gregg Toland (chef-opérateur de Citizen Kane, célèbre pour son utilisation de la profondeur de champ). Plus tard, revenu en France, sa rencontre avec le chef-opérateur Bruno Nuytten sera aussi déterminante dans ses années d'apprentissage. Assistant opérateur, il commence aussi à réaliser l'image de publicités et de clips (Tandem de Vanessa Paradis, réalisé par Mondino, ou K.O.K réalisé par Régine Chopinot, entre autres exemples). Puis arrive en 1989 le projet du Trésor des îles Chiennes, deuxième long métrage de F. J. Ossang. Huit longues semaines de tournage pendant lesquelles Darius Khondji fait la lumière et le cadre. Un véritable travail de direction artistique aux côtés du cinéaste indépendant. Le chef-opérateur tourne sur un négatif qu'il tire ensuite sur de la pellicule son. Une véritable première qui a pour effet « d'accentuer les contrastes en rendant des blancs fulgurants et des noirs d'encre. Quant au Scope, j'avais l'impression que c'était le plus beau format à cadrer : on rentre dans les visages, on fait des amorces. Ce film était mon rêve d'enfance. »



DE « DELICATESSEN » AUX PROJETS INTERNATIONAUX

</