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João Pedro Rodrigues - Rétrospective intégrale

Fantasma ! C’est une des beautés de la langue portugaise de n’user que d’un seul mot pour dire à la fois les fantômes et les fantasmes. Lorsqu’O Fantasma, le premier long métrage du Portugais trentenaire a surgi à la Mostra en 2000, ce fut leur déferlement inouï, un ballet nocturne d’ombres fuyantes (fantômes) entre quelques corps en rut (fantasmes). En premier lieu, celui d’un jeune éboueur qui se métamorphose entre deux tournées de camion-poubelles en fantômette de latex, forçant les logis par les toits, pour faire l’amour à leurs hôtes. L’homme y est une espèce animale parmi d’autres, en pleine involution bestiale dès que la nuit tombe. 
 

 

 
L’œuvre de João Pedro Rodrigues, c’est d’abord le choc de cet acte inaugural : un premier film sidérant, prolongeant une certaine poésie déambulatoire des corps, une ode au désir turgescent. Pourtant les films suivants, moins explicitement sexuels, d’une sauvagerie de plus en plus contenue, vont faire descendre la température érotique. Peu à peu, les fantômes prennent l’ascendant sur les fantasmes. Dans Odete, une jeune femme s’invente un deuil et finit par séduire un jeune homme en tenant la place d’un homme mort. Dans Mourir comme un homme, l’univers supposément exubérant des clubs de travestis laisse place à une mélancolie spectrale, un onirisme ouaté. Enfin dans La dernière fois que j’ai vu Macao (coréalisé avec João Rui Guerra da Mata), le personnage principal s’est évaporé. Le narrateur y court après une ombre, Candy, fantomatique travesti embringué dans une intrigue de film noir. Les plans sont pour la plupart des vues documentaires de l’ancienne colonie portugaise. La voix-off injecte la fiction. La même hybridation est à l’œuvre dans certains courts métrages. Par exemple dans le très beau Matin de la Saint-Antoine, où des plans volés d’étudiants ivres au matin composent une fascinante sarabande de zombies, que démultiplie l’installation Santo António, présentée ici pour la première fois en France. Ou encore dans l’éblouissant Aube rouge (cosigné avec Guerra da Mata aussi), filmé sur un marché de poissons déjà à Macao, et dont la puissance d’évocation dans la retranscription de violences faites aux animaux évoque Le Sang des bêtes de Franju. Franju, le disciple de Feuillade qui a aussi filmé une humanité en devenir Fantômas. Franju, marqué du double sceau du documentaire et du fantastique. Franju, beau fantôme du cinéma de Rodrigues, qui affublait ses personnages de masques d’oiseaux (Judex).

Le nouveau film de João Pedro Rodrigues s’appelle justement L’Ornithologue. Un métier que le cinéaste rêvait d’exercer dans sa jeunesse. Le personnage éponyme y est obsédé par une espèce rare de cigognes (noires) et hanté par le naufrage de saint Antoine De Padoue. Rodrigues tisse ainsi de nouveaux liens, toujours plus hybrides, entre humains et animaux, réalité brute et virtualité fantastique.

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