• Facebook
  • Instagram
  • Twitter Horschamp

Masterclass - David Cronemberg - VO

À l'occasion du Festival International du Film de Reykjavík (RIFF) 2015, David Cronemberg s'est prêté à l'exercice d'une masterclass inédite et exceptionnelle. Fils d'une pianiste et d'un écrivain journaliste, le jeune David Cronenberg songe à devenir romancier. Etudiant en littérature à l'Université de Toronto, il décide pourtant de se tourner vers le septième art. Evoluant dans la scène artistique underground de Toronto, il est influencé par la vague du cinéma expérimental new-yorkais, mais aussi par des écrivains comme Vladimir Nabokov. C'est à cette époque qu'il assiste à la lente maladie de son père, évènement dont l'empreinte se ressent tout au long de sa carrière de cinéaste. Dès la fin des années 1960, il signe pour deux courts métrages, Transfer et From the Drain, puis pour ses deux premiers longs, Stereo (1969) et Crimes of the future (1970). La sexualité, le corps comme terrain d'expérimentation, la médecine et la psychanalyse : tous ses thèmes de prédilection sont déjà présents dans ses premières œuvres.

 

 

Après avoir travaillé pour la télévision dans les années 1970, il réalise Frissons (1975), Rage (1977) et Chromosome 3 (1979). Ces trois longs métrages, entre horreur et science-fiction, divisent la critique, mais permettent à David Cronenberg d'acquérir le statut de cinéaste culte. Avec Chromosome 3, le cinéaste confirme son inclination pour l'étude du cerveau humain, mettant en scène une femme dont les pulsions mortifères sont matérialisées par des monstres. Il démontre ainsi qu'un film d'horreur peut apporter une réflexion aboutie sur des problèmes de société comme la dépression. Dès ses débuts derrière la caméra, sa sœur Denise Cronenberg est de tous ses projets en tant que costumière. 

 

En 1981, il connaît son premier succès commercial grâce à Scanners et ses mutants télépathes. Plus qu'un film de science fiction trash, celui-ci propose une approche critique de la nature humaine. Deux ans plus tard, il fait appel à James Woods pour Vidéodrome. Confirmant sa singularité, il y met en scène sa conception du pouvoir - aliénant - des médias et des outils de communication. Etape importante dans sa filmographie, on y sent déjà tout son intérêt pour la contamination machinal-organique (bien avant Crash et eXistenZ). Il s'attelle ensuite à l'adaptation d'un roman de Stephen King, Dead Zone avec Christopher Walken. Ici encore, c'est par le contact avec la machine (accident de voiture) que le héros acquiert son pouvoir. 

 

David Cronenberg accède à la reconnaissance internationale avec La Mouche (1986), interprété par Jeff Goldblum. Il s'agit du remake de La Mouche noire, classique des années 1950. Mais ce récit de la métamorphose d'un biologiste en insecte est l'un de ses films les plus connus. Le réalisateur en tire d'ailleurs une pièce de théâtre en 2008, représentée au théâtre du Châtelet. S'il s'éloigne de plus en plus du cinéma d'épouvante et de son imagerie traditionnelle, il continue de déstabiliser les spectateurs, tandis que sa cote auprès de la critique ne cesse de grimper. Dans Faux-Semblants (1989), il évoque la relation fusionnelle et destructrice entre deux jumeaux, incarnés par Jeremy Irons, qu'il retrouve sur le plateau de M. Butterfly en 1993. En 1991, il parvient à porter à l'écran le labyrinthique Le Festin nu de William Burroughs, là où bien des réalisateurs ont échoués. Depuis le milieu des années 1980, Cronenberg n'hésite pas à faire tomber le costume de réalisateur pour revêtir celui de l'acteur. On le voit ainsi dans des petits rôles au sein de ses propres films (La Mouche, Faux-Semblants), mais aussi chez John Landis, Clive Barker, Gus Van Sant, ainsi que dans des séries Z et des séries comme Alias. L'occasion, bien souvent, de s'adonner à l'auto-parodie. 

 

En 1996, David Cronenberg s'attaque à l'adaptation du roman culte de James Graham Ballard Crash !. Avec ce film éponyme, Crash, qui remporte le Prix spécial du jury du Festival de Cannes, il signe son œuvre la plus personnelle mais aussi la plus controversée. Pour James Spader et Rosanna Arquette, au casting, la fascination pour les carambolages tend à se substituer à leur goût pour l'acte sexuel. Encore une fois, Cronenberg souligne le rapport inquiétant que l'être humain entretient avec les machines dans le monde contemporain. 

 

La métaphore des relations homme-technologie se poursuit en 1999 avec eXistenZ. Jude Law y est aux prises d'un univers étrange dont les frontières sont perdues entre monde réel et monde virtuel. En 2001, s'éloignant de ses réflexions sur l'être au prisme du monde moderne, il met en scène Ralph Fiennes, égaré dans les limbes de sa conscience dans Spider. Œuvre charnière, il y reprend son voyage au cœur du cerveau humain, s'y insinuant comme araignée sur toile. La maîtrise formelle est saisissante.

 

 

Dans un registre toujours plus "réaliste", il crée A history of violence (2005). Une vertigineuse réflexion sur le Mal dépourvue de tout manichéisme et inspirée d'un roman graphique. Viggo Mortensen y incarne un homme torturé par son passé drapé sous le voile du père exemplaire. Acteur qu'il retrouve deux ans plus tard dans Les Promesses de l'ombre (2007), premier long métrage que Cronenberg tourne entièrement hors de son Canada natal. Si ces deux films semblent s'écarter de ses obsessions premières, ce n'est en réalité qu'en apparence. La dimension machinale et viscérale reste en effet sous-jacente dans chacun d'entre eux. 

 

Son enthousiasme pour la psychanalyse émerge de nouveau en 2011 avec A Dangerous Method. Non plus abordée en filigrane comme à l’accoutumée, la discipline est cette fois-ci traitée de front. Dans le rôle de Sigmund Freud, le réalisateur fait appel à Viggo Mortensen pour leur troisième collaboration. Michael Fassbender y revêt quant à lui l'habit du praticien Carl Gustav Jung. Sa patiente, l'hystérique Sabrina Spielrein, est interprétée par Keira Knightley. A peine cinq mois après ce film, David Cronenberg présente l'intriguant et violent Cosmopolis, en compétition au Festival de Cannes 2012, dans lequel il dirige pour la première fois le jeune héros de la saga Twilight, Robert Pattinson, mais aussi les français Juliette Binoche et Mathieu Amalric.

 

Please reload