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Masterclass - James Ellroy - VF

Dialogue avec James Ellroy, le 14 septembre 2016 à la Cinémathèque française, avec François Guérif et Jean-François Rauger. « Ma relation au cinéma est très étrange. Comme je l'ai dit, je n'aime que les films noirs... J'en ai probablement vu huit millions, mais je n'en mourrais pas si, à partir de demain, je ne devais plus jamais en voir un seul. »

 

 

James Ellroy est né à l'hôpital du Bon Samaritain de Los Angeles le 4 mars 1948 d'un père comptable (Armand Ellroy) de 50 ans et d'une mère infirmière, originaire du Wisconsin. Ses parents divorcent six ans plus tard. Sa mère obtient la garde de l'enfant et celui-ci a dix ans lorsqu'elle emménage dans un quartier populaire de Los Angeles, El Monte. James est déjà un fervent lecteur de littérature policière. À ce propos, il dira : « J'étais un lecteur vorace ». 

 

Geneva Hilliker Ellroy (1915-1958), sa mère, est assassinée le 22 juin 1958 et retrouvée par une bande de jeunes près du lycée Arroyo. L'assassin ne sera jamais arrêté. James est confié à son père et il est livré à lui-même. Il sombre peu à peu dans la délinquance. C'est à cette époque qu'il commet ses premiers cambriolages. Il fait la connaissance de Randy Rice en 1961, à qui est d'ailleurs dédié Brown's Requiem. Ils sont deux petits voyous qui font les quatre cents coups, partageant leur goût pour les romans noirs. 

 

James Ellroy est renvoyé du collège à 17 ans, sans diplôme. Alors que la santé de son père se dégrade, Ellroy s'engage dans l'armée en 1965 et fait ses armes en Louisiane. Le père succombe rapidement d'une crise cardiaque. Sa mort marque le début d'une lente descente aux enfers. Ellroy se fait réformer de l'armée, il retrouve son ami Randy et sombre avec lui dans la consommation d'alcool et de drogue. Ellroy vit plus de dix ans sans domicile, parfois dans de petites chambres d'hôtel miteuses, de boulots sporadiques, de larcins, dormant dans les parcs, s'introduisant chez les gens, moins pour cambrioler (il vole des sous-vêtements féminins, de l'alcool, de l'herbe, des cartes de crédit), que pour ressentir le grand frisson, déclarera-t-il plus tard. 

 

En 1975, un abcès au poumon ainsi qu'une double pneumonie le font renoncer aux abus d'alcool. Il prend des amphétamines jusqu'en 1977, avant d'arrêter définitivement toutes substances toxiques. Il brise le cercle infernal dans lequel il s'est enfermé. Il devient caddie de golf à Los Angeles et commence une vie plus rangée. En 1978, il s'inspire de son expérience de caddie, de son amour pour la musique classique, pour poser la trame de fond d'un premier roman : Brown's Requiem, publié en 1981, et écrit selon son auteur « debout, dans une chambre d'hôtel miteuse ». Il poursuit avec Clandestin (1982), tente de donner corps à une autre de ses obsessions, le gangstérisme juif des années trente et quarante, dans Confessions of Bugsy Siegel, mais le livre ne verra jamais le jour.

 

 

Ses agents de l'époque, Otto Penzler de Mysterious Press et Nat Sobel, le convainquent de réécrire American Death Trip, livre complètement fou, qui donnera finalement Lune sanglante. C'est à partir de ce moment que débute la série des Lloyd Hopkins (1984 - 1986), et au-delà, le commencement de sa carrière littéraire. Cette série n'est pas menée à terme (cinq opus étaient initialement prévus), James Ellroy ayant décidé d'abandonner le personnage de Lloyd Hopkins, trop encombrant à ses yeux. En réalité, les motivations de l'écrivain sont ailleurs, écrire un livre sur l'affaire du Dahlia noir, avant que quelqu'un d'autre ne s'en empare. Il publie ensuite Un tueur sur la route, récit à la première personne du parcours d'un « serial killer ». Cet ouvrage est devenu une des références majeures des écoles de formation de policiers tant il décrit avec précision la psychologie de la majeure partie des tueurs en série. 

 

Il se lance ensuite dans l'écriture du livre qui lui fera connaître la célébrité : Le Dahlia noir. Ce livre est une œuvre de fiction basée sur une histoire vraie légendaire du Los Angeles des années quarante, à savoir le meurtre le plus sanglant et le plus sadique qu'ait connu la ville, celui d'une jeune starlette, Elizabeth Short. Celle-ci avait été surnommée Le Dahlia noir par un journaliste, en référence à un film de série B de l'époque : Le Dahlia bleu. Ce film, interprété notamment par Veronica Lake, avait particulièrement marqué les esprits. L'affaire du Dahlia Noir n'a, à proprement parler, jamais été résolue. James Ellroy semble avoir utilisé ce fait-divers, pour commencer à exorciser le souvenir du meurtre de sa propre mère qui a eu lieu environ 11 ans et 5 mois après celui du dahlia, Elizabeth Short ayant été assassinée en janvier 1947. En réalité, James Ellroy a découvert cette histoire dans un livre que son père lui avait offert pour ses dix ans, quelques mois avant le meurtre de sa mère, d'où la « providence », le livre s'intitulant The Badge de Jack Webb, lequel a été quarante ans plus tard, préfacé par Ellroy lui-même. Dans L.A. Confidential, Jack Vincennes est inspiré de Jack Webb, flic vertueux et de droite du LAPD. 

 

Le style d'Ellroy s'affirme par une inventivité verbale crue et acide, dépeignant avec rudesse les recoins sombres de la société américaine. La littérature noire est un espace critique mis à profit par les auteurs pour développer des mondes ambivalents, des personnages complexes aux moralités floues, des récits politiques et des vues sociologiques. Ellroy ne déroge pas à la règle. 

 

Ellroy emploie dans certains de ses romans (notamment dans les deux premiers de la trilogie Underworld U.S.A : American Tabloïd et de façon encore plus prononcée dans American Death Trip) un style dépouillé à l'extrême, délibérément télégraphique, type : « Sujet verbe complément. Sujet verbe complément. » Du point de vue de l'auteur, ce style est employé « pour une raison : redéfinir le langage. Redéfinir le langage car c'est la seule façon de décrire l'extrême violence de la narration, c'est-à-dire la violence de l'Histoire, et de la même façon, la violence de la vie intérieure et extérieure des trois personnages principaux. » (interview d'Ellroy11 au sujet du livre American Death Trip).

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