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D’où viens-tu ?
Dimitri Gaggioli vient d’un petit village corse au sud du golfe d’Ajaccio. Il a grandi au bord de la mer et au cœur d’un monde mascu où le pédé était masqué et se tapissait dans les ombres du maquis.

 

Rémo Nesa en revanche vient d’un pays-pédale où les garçons dansent nu à la lumière du jour et brandissent fièrement leur verge comme un étendard de guerre. 

Où vas-tu ?

 

Je ne vais plus nulle part où mon envie ne me porte pas. Mais je ne sais pas où je vais et c’est ce qui m’excite le plus. Je veux aller où je vais et ça tombe bien parce que je suis sûr d’y aller.

Pourquoi la poésie ?

 

Parce qu’elle est partout. Ou presque — elle demeure absente de l’extrême-droite par exemple ou de Jeff Bezos. Parce qu’elle me permet d’évacuer tensions et pressions. La poésie c’est comme jouir, un exutoire et un plaisir et ce qu’il faut de souffrance et de complaisance. 

Pourquoi

les garçons ?

 

Parce qu’ils me ravissent et me renvoient à moi-même. Parce qu’amour colère et haine s’embrasent en moi pour eux d’une manière viscérale qui fait jaillir les mots comme sperme et sueur. 

Les garçons c’est l’évidence interdite. L’excitante incertitude. C’est en leur compagnie que s’expriment mes tripes et que s’éveille mon désir. C’est une raison suffisante.

« Il ne demeure [des garçons] que ce qui de moi demeure. Je ne suis que par eux qui ne sont rien, n’étant que par moi. » Genet, Journal du voleur.

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À propos de la nuit ?

 

Royaume de fête. Cour des miracles. Paysage de solitude où foisonnent ombres et lumières. Antre des tendresses les plus déviantes et des griffures les plus profondes. Défouloire ou sanctuaire. La nuit est riche comme une page vierge. Il ne lui manque que la brûlure d’un soleil d’été pour incarner le temps parfait. Le temps d’un vide à remplir ou temps d’un vide à s’y complaire. Le socle ferme de mon inspiration et terrain de jeu de séduction.

Ton premier souvenir nocturne ?

 

Découverte de mon corps. Dans mon lit, de mon plaisir. Balbutiements d’un désir que je ne saisis pas encore très bien. Des suées tremblantes et fébriles. Exploration maladroite de sensations qui me dépassent et me transpercent. Sensations et émotions qui me bouleversent souvent. Pourquoi moi ? Pourquoi ça ? Le phallus, le penis, le cazzu — en corse —, la bite, la verge, le gland, les couilles, les poils, les muscles, les pecs, les abdos et aisselles assumées et nonchalamment velues exposées à ma vue éveillée… Pourquoi j’aime ça ? Pourquoi moi ? Pourquoi j’y pense si facilement la nuit ? Pourquoi je me plais à penser à ces interdits ? Suis-je un malade ? Un détraqué ? J’ai le slip cassé le cerveau retourné ?

Le son qui te rend lucide ?

 

La respiration d’un autre. Haletante ou calme. L’air qui entre pour emplir ses poumons. C’est un son qui dit beaucoup. C’est un son qui m’apaise ou m’agite. C’est surtout un son qui ne se rend audible qu’au milieu du silence. C’est une subtilité qui se laisse masquer par la vie fourmillante et ne se partage que dans un monde intime.

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Un club.

 

Le club des chatons. Un lieu multiple et éthéré qui peut s’incarner n’importe où. Ça flotte dans l’air et ne prend forme que lorsque les conditions sont réunies. Le premier ingrédient c’est bien sûr un joli groupe de chatons. C’est où ronronne la bienveillance. C’est où tu sais que tu es toi et tout entier sans la fiction du monde commun. Sans la nécessité d’un costume passe-partout. C’est un lieu d’écoute, de fête, de câlins mais aussi de lutte, car un chaton est un chaton mais il n’est pas dépourvu de griffes. Et un tel club, ça se défend !

Sinon, un bon club techno fait souvent mon bonheur.

Un trip.

 

Il y en a deux que j’aime encore. Le premier sur une plage de Corse en plein été. Coucher de soleil méditerranéen qui se fond dans un mélange de champignons mexicains. Un accord de choix. Où l’on veut danser nu pour embrasser la nature. Où on voit un ovni qui perce le ciel d’une lumière déchirante — bon c’était peut-être un avion ou un satellite mais sur le moment c’était clairement un contact d’ailleurs. Et nous étions trois, et parfaitement d’accords. 

Le second c’est une séance photo où boîtier numérique résonne avec acide. Nos corps nus dans du bleu, dans du klein et du blanc, de la gouache partout jusque dans les cheveux, jusqu’à même s’infiltrer dans des interstices intimes. Et nos deux corps qui luttent et nos âmes qui rient. Un amour, un ami, un amant. Et sa peau et la mienne où se projettent nos rires comme un écran miroir qui reflète nos cœurs. Puis une douche et un bain. Et toujours cette gouache qui résiste au temps jusque dans les oreilles pour rappeler ce moment, convoquer un sourire.

Un rêve.


Ceux dont je me souviens sont toujours les cauchemars. Où plane une menace polymorphe qui frappera sans prévenir. Il y a souvent des chiens qui m’annoncent la venue de cet autre hostile. Ça peut être aussi absurde qu’un groupe sataniste qui me traque pour un sacrifice ou que des méduses aliens capables de prendre l’apparence de corps d’enfants pour se donner des airs inoffensifs. Je retiens que je dois me tenir loin et des chiens et des mômes. 

Une date.

 

2021. Année qui marquera longtemps le monde des moldus mais temps fertile qui m’a donné naissance. Une année qui accoucha de moi, de R. Nesa et qui m’a fait connaître le club doux des chatons.

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Une phrase qui te ressemble ?

 

C’était déraisonnable alors j’y suis allé.

Pourquoi es-tu

plus jeune ?
 

Parce que je ne serai jamais adulte et parce que c’est une grande fierté.

Pourquoi es-tu

plus beau ?

 

Parce que le beau est dans ton œil et je n’ai pas de prise dessus. 

Pourquoi es-tu

fauve ?

 

Pour demeurer toujours indompté. Et parce qu’aux fragrances de marques je préfère l’odeur primitive, l’odeur brute, l’odeur nue.

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Instagram

@remo_nesa

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BY HORSCHAMP | 2021